L'architecture à Tunis

Tunis s’est formée à travers l’étroite bande de terre resserrée entre le lac Al Bouhaira et le lac Es-Sijoumi. Elle a pris naissance au carrefour des routes dès l’Antiquité sur les parcours des migrants qui allaient de Berbérie en Égypte et vice versa.

Comme toutes les villes, Tunis est une stratification de son histoire. Elle porte les traces de ses conquérants phéniciens, romains, espagnols, ottomans et français. La lecture de la structure de la ville rend compte des témoignages qu’elle a gardés des civilisations qui l’ont traversée.

Le plus récent de ces témoignages, dont les traces des empreintes marquent encore Tunis, est celui des 19e et 20e siècles (époque du Protectorat). Quelques décennies déjà avant la domination française, des changements politiques et économiques significatifs suggéraient la création d’une nouvelle ville planifiée selon de nouvelles normes d’art urbain : édification extra muros en 1860 du nouveau Consulat de France, démolition des remparts aux alentours de Bab B’har à partir de 1865.

Après la proclamation du Protectorat français en 1881, une nouvelle forme urbaine - le plan en damier - prit place à côté de la Médina, produisant une transformation radicale quant au caractère de la ville. L’élément le plus fort de ce quartier qu’est la ville neuve était - et reste - la large avenue de la Marine, devenue avenue Jules Ferry puis Habib Bourguiba depuis l’Indépendance. La Cathédrale élevée en 1897 et la Résidence Générale en face, sobre bâtiment néo-classique, étaient les premiers édifices de ce nouvel axe partant de Bab B’har. De part et d’autre de l’avenue, de nouvelles rues rectilignes esquissaient le début du plan en damier du quartier.

Cathédrâle Saint-Vincent-de-Paul, Tunis, 1897
Crédit photo : Collection personnelle Bertrand Bouret, Domaine public
Permalien : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Tunis_saint_vincent_1890.jpg

À la fin du 19e siècle, l’immeuble de rapport ou l’immeuble collectif fait son apparition à Tunis, le long des boulevards de ceinture qui remplacèrent les remparts à l’est et au sud de la Médina.

Architectures de styles et d’influences divers se succèdent, mais tous les immeubles sont tenus de respecter des règles urbaines homogènes au niveau des gabarits, de l’implantation, des fronts de parcelles et des alignements. C’est ce respect fondamental de la règlementation urbaine qui confère aujourd’hui à la ville basse son homogénéité volumétrique et aux façades urbaines leur harmonie. Les différents styles architectoniques (néo-classique, arabisant, Art nouveau, Art déco) coexistent sans heurt et se superposent dans un éclectisme qui caractérise l’image de Tunis.

La Médina a ainsi vécu un remplacement du bâti traditionnel dans certaines zones par des édifices de type européen (quartier Franc, quartier Bab B’nat, quartier des Maltais). D’autres quartiers européens entiers ont été construits sur des espaces anciennement libres (Montfleury, Kasbah). Des constructions à travers toute la Médina sont édifiées avec une typologie occidentale et diffusent des transformations importantes du bâti traditionnel. La découverte de l’urbanisme européen a bien influencé le paysage urbain de Tunis avec la construction de palais par les ministres et certains dignitaires selon de nouveaux modèles importés (tels les Palais Ben Ayed, Kheireddine, Khaznadar, Sahâb Et-Tabâa édifiés à partir de 1860).

Au bout d’un siècle de transformations urbaines au cours duquel Tunis a opéré son expansion sur près de 15 000 hectares et a vu la polarisation de son centre s’atténuer, le passage de la Médina à la ville nouvelle a constitué un fait urbain majeur pour Tunis à la fin du 19e siècle, tout comme l’est actuellement la conquête des Berges du Lac.

C’est dans ce contexte que le projet d’embellissement de l’axe le plus important de la ville neuve, formé par l’avenue de France et l’avenue Habib Bourguiba, a été réalisé par l’ASM (2000-2001). Trois actions prioritaires avaient initialisé le projet et avaient permis à la ville de sauvegarder son patrimoine, de préserver son environnement et d’amorcer une reconquête du centre-ville :
- l’embellissement de l’hypercentre de Tunis avec les constructions et le traitement des espaces publics en rapport avec le renforcement des fonctions nobles et prestigieuses qui conviennent au centre ;
- la réhabilitation et la restauration des monuments publics et des immeubles insalubres avec une assistance technique ;
- l’amélioration de la circulation et du stationnement.