Arabisances

Sous le Protectorat français instauré depuis mai 1881, la Tunisie a vécu les premiers temps une production architecturale désignée comme le "Style du Vainqueur". Ce dernier se caractérise par la recherche de la monumentalité des grandes constructions publiques ou privées. Cette architecture reprenait ce qui se faisait en métropole à cette époque dominée par le style Beaux-arts.

Plan de Tunis, 1881
Source : Ed. Maurice Culot and Jean-Marie Thiveaud, Institut Français d'architecture, Mission des travaux historiques de la Caisse des dépôts et consignations ; Architectures Françaises : Outre-Mer ; Pierre Mardaga éditeur, Collection Villes ; 1992, ISBN 2-87009-475-2
Crédit photo : Image domaine public
Permalien : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Tunis_map_plan_1881.jpg

Dans les années 1900, l’architecture officielle dans l’Afrique du Nord rompt avec le style néo-classique pour adopter un style néo-mauresque symbolisant la nouvelle politique coloniale de la France. Le "Style du Protecteur" succédait alors au "Style du Vainqueur". Ce style prônait la prise en compte des réalités locales et des traditions tout en y intégrant les avantages du progrès.

De 1900 à 1930, de nombreux édifices publics et privés répondant à ce style jalonnent les quartiers de Tunis, à l’instar de la Trésorerie Générale de Tunisie, du Bâtiment du Croissant Rouge, de la Poste de Bâb M’nara, d’immeubles de la rue de Hollande et de l’avenue de Carthage, de l’ancien Casino du Théâtre Municipal, de l’Hôtel Transatlantique, oeuvres d’architectes tels que Guy, Valensi, Resplandy, Giroud, Guesnier, Vaner.

Après la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle architecture arabisante modernisée marque le paysage urbain tunisien. Il s’agit de la reconstruction des zones détruites lors des combats. Une équipe d’architectes (dont Marmey, Lecouteur, Kyriacopoulos, Herbe, Ventre, Patout), dirigée par Bernard Zehrfuss, s’est employée à édifier des écoles, des dispensaires, des habitations et des équipements qui exprimèrent une nouvelle variante de l’arabisance, différente de celle recommandée lors du Congrès d’Urbanisme Colonial de 1930. Il s’agit d’une arabisance modernisée qui a réussi l’alliance de l’architecture occidentale avec les traditions locales.

Le champ de référence passe ainsi d’un axe culturel à un axe morphologique et se rapproche du mouvement moderne (immeubles d’El Menzah I, le Bâtiment des Postes sur le boulevard Bab B’nat, le Centre de Formation Professionnelle du Bâtiment sur la place aux Moutons à Maakel Ezzaim).